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Articles avec ecriture

Fleuve

par L'écrivain masqué

publié dans Ecriture

Fleuve

Je suis un fleuve à trajectoire variée, mes longs rubans moirés de noir habillent la terre.

L’homme nourrit à travers moi d’intimes envies de domination, un jeu aux inspirations bondage qui lui permet d’assouvir sa soif de possession. Il marque la terre de son empreinte, je me fais sangle, bride, l’homme m’harnache à elle pour mieux la domestiquer. Inlassablement, il me nourrit de longues coulées de bitume et me déroule, je glisse comme un fleuve carnivore.

Les hommes cheminent sur mon dos en flux plus ou moins fluide. Ils naviguent dans des carcasses métalliques multicolores aux formes variables et voguent jours et nuits, charriés par leurs aspirations ou déroutes du quotidien.

Parfois, je rêve à ces coulées tracées par des hordes d’animaux, ces réseaux naturels formés par le passage répétés de bêtes sauvages, ces lignes qui se créent dans l’alcôve des forêts. Lorsque je longe des territoires vierges de goudron, j’entends l’eau qui chuchote dans les replis de la terre, je m’enivre des effluves parfumées qui s’échappent des sols, ces sols aux poumons ouverts comme des gorges gourmandes, ces sols fertiles qui recrachent des embruns qui me font frissonner.

Je la sens, cette terre qui gratte sous mes dermes, elle cherche à froisser mes robes de bitume. Parfois elle gagne du terrain et perce ma croûte, me parant d’herbes chevelues qui viennent chatouiller ma peau. J’aime lorsque, dans les creux des pentes et des côtes, la pluie glisse sur mon échine. J’aime aussi ces villages où les sabots des bêtes me picorent, j’aime sentir la présence paisible des ruminants, cela me change des passages hypnotiques et effrénés de ces voies rapides où ma peau se patine sous les flux incessants de bolides à grande vitesse.

Je sais qu’il y a encore des terres où je ne suis jamais allée, où les éléments me seraient encore trop hostiles et c’est très bien comme ça. Je sais que même si je porte l’empreinte de l’homme, je fais maintenant partie du décor. J’habille la terre pour que l’homme puisse la traverser et en savourer toutes les beautés.

Je suis un fleuve qui serpente, érigé jusqu’aux crêtes les plus inaccessibles, qui glisse jusqu’aux tréfonds de grottes, qui courre à travers les plaines. Je suis un fleuve tranquille qui parcoure une terre aux mille visages dont je ne me lasse jamais.

Fleuve

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Nacre au creux de l'oreille

par L'écrivain masqué

publié dans Ecriture , Peinture , Poésie

Dans le creux d’un coquillage se cachent bien des mirages,

Dans les jeux des enfants sages se déploient des rouleaux de pages

Dans les yeux des coquillages se cachent des pavillons d’oreilles

On s’y poste comme sur une plage, on part à la chasse aux merveilles

 

La mer étend son canevas,

Couvre le sable de dentelle

Le pare d’écume et d’entrelacs

De nacre, d’algues et de ficelles.

 

Lorsqu’elle embrasse la terre

Une trace humide apparaît,

Un goût de sel et de mystère,

En prélude de ses attraits.

 

Kaléidoscope animé,

Magie d’une eau transparente

Habilitée à se parer

De mille lueurs ardentes

 

La fièvre au front des vagues

Décuple le feu de leurs bras

Défiant la vigueur des digues

En une séculaire vendetta

 

Elles touchent les pieds des dunes

Avançant inlassablement

Grâce à l’énergie de la lune

Elles rivalisent avec le vent

 

Chorégraphie renouvelée

Flots ondulant,roulant, sifflant,

Bougez au rythme des marées

Et ravivez nos yeux d’enfants !

 

Eaux infiniment assoiffées

De vie et de démesure

Vagues ivres de liberté

Vos chants grondants, vos murmures,

Savent se faire écouter,

Ouvrir les cœurs les plus durs.

 

Sachez que si l’océan résonne dans le creux des coquillages, c’est parce que l’infini y loge,

déguisé en sédiment il charrie un flot de souvenirs accessibles aux enfants de tout âge.

Ecoutez les coquillages murmurer à vos oreilles, ils se dérouleront comme une longue vue et

vous imaginerez des beautés sans pareilles qui nourriront vos envies d’absolu.

Nacre au creux de l'oreille
Odilon Redon (1840-1916) La coquille 1912 Pastel H. 52 ; L. 57,8 cm

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