Le cri d'une toile
Il hurle, crache des cris
Mais personne ne réponds,
En face, poste restante, échographie du vide,
Le silence boit ses appels comme un buvard avide,
L’abyssal rien avale ses maux
L’espace hermétique ondule avec ses cris
Ça vibre, ça balance, ç’en est presque joli,
Comme l’angoisse et la douleur peuvent être bonnes amies !
Il hurle crache des cris,
Ses espoirs en trépied commencent à vaciller
Ses démons intérieurs vont-ils le consumer ?
Il hurle crache des cris,
Dragon de pierre livide, gargouille de souffre terni
Masque de peur qu’aspire la béance
D’un monde inassouvi.
Livrez-lui en pâture cette brindille qui se fendille
Qu’elle nourrisse les flammes d’un éternel ennui !
Car le monde n’a que faire de ces âmes qui crient,
Leurs flammes sont des lueurs pour les hommes endormis.
Leur feu alerte, éveille un court instant,
Le temps de se dire : ce cauchemar n’est pas le mien
Moi, je suis à l’abri,
Loin, au versant de cette folie.
Puis le sommeil berce à nouveau,
Le dormeur oublie le cri.
De la silhouette hurlante, il ne reste plus qu’un écho silencieux
Et le spectre d’un cri emprisonné dans un tableau de grand prix.
