Sur la balance
Je ne cours plus pieds nus dans l’herbe
Je porte des gilets pour devancer la fraicheur des météos incertaines
Je ne me risque plus à m’aventurer droit devant, sans but, jusqu’à en perdre haleine
Mon corps et la musique ont divorcé depuis de nombreuses années
Je ne me sens plus unique, non plus exceptionnel
J’ai semé par mégarde des morceaux de moi perdus à jamais
Le quotidien me fait souvent me perdre en chemin
J’anticipe, je prévois, je prépare et j’oublie d’espérer
Je ne sais plus me laisser porter par des rêves improbables
Je vis en apnée et me complais dans un monde sans parfums
Je me résigne à être raisonnable et à ne plus chercher à décrocher la lune
Je survis parmi des résignés, mes semblables
Et puis, souvent, si souvent, je me souviens
Que c’est à moi de peindre ma vie
Comme j’en ai envie
C’est à moi de pousser toutes les portes
Mué par une envie toujours plus forte
C'est à moi de bâtir mes rêves
À la force de mes bras, de mes mots,
De tout ce qui me rend aujourd'hui vulnérable.
Car le destin propose à tous le même scénario :
Nous confronter à tout ce qui nous semble insurmontable.
Et puis, tout redémarre
Je ne cours plus pieds nus, je porte des gilets, des écharpes, je ne voyage plus léger mes valises sont de vraies balises de sécurité , je suis des itinéraires homologués, mes journées sont planifiées, mes amis comptés sur le volet, je me protège, je restreins la liste de mes envies pour pouvoir rester dans le concret, la vie défile et passe comme une fumée avec ses luttes, ses joies, ses moments désespérés, avec la nette impression de ne pas avoir le temps nécessaire pour mener à bien tout ce que je voudrai faire.
Et pourtant,
Plus je m'encombre de chimères,
D’années,
De creux ridés
De nerfs noués
De kilos bouées
De cernes bleutés
De cheveux blancs
Plus il me semble me débarrasser de l'illusoire.
Plus il me semble me diriger vers l'essentiel.
