Une maison libre.
Il est des lieux où, malgré nos yeux fermés, la lumière baigne. Des lieux où la raison désamarrée par le rêve se fait voyageuse irraisonnée.
Il est des pays inconnus, pourtant peuplés de paysages familiers, que l’on aime retrouver une fois nos paupières scellées par le sommeil.
Il est des maisons étapes qui scandent nos haltes lors de nos périples nocturnes.
Il est des maisons sanctuaires, qui comme des meubles à tiroir s’ouvrent sur des pièces de notre passé et s’emboitent de manière faussement anodine.
Ma maison rêvée a mille visages. Elle est creusée dans les pierres d’une montagne qui n’a pas de socle. C’est une maison volante, une maison voyageuse qui transporte avec elle son lopin de terre, dont les racines, visibles comme des cordes tendues, se gorgent d’air et boivent l’humidité du ciel.
Une maison qui a la tête perpétuellement dans les nuages, voisine du soleil, côtoyant la lune et les étoiles.
Ma maison a le vent en poupe et file comme un navire au gré du hasard.
Elle se transforme aussi car c’est une maison multifacette. Château-fort austère, hermétique, ceint de murs aveugles, au pont levis soudé comme une bouche cousue, elle se démultiplie parfois comme une ville prolifique qui s’étend et gagne du terrain. S’avancent des bataillons de bâtiments carrés, avec des façades identiques répétées à l’infini, ils s’alignent comme une armée de pierres chapeautées de frises austères. Ses rues se font sinueuses, dansent alors et forment des arabesques, des entrelacs qui happent les hôtes indésirables. Maison-ville-labyrinthe dont la visite peut prendre la tournure d’un parcours initiatique.
Ma maison choisit celui ou celle qui franchira son seuil et lui montre le visage ou la façade qu’elle désire. Dans mes rêves les plus doux, elle porte le sourire réconfortant d’une mère qui ouvre ses bras sculptés et enlace en disant : « Bienvenue ».
C’est une maison caméléon, de la cave au grenier circule un vent de liberté.
