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Lettre à l'enfant.

par L'écrivain masqué

Que te dire à toi, petit être dans les prémices de la vie ?

 

Tu goûtes aujourd’hui à l’une des choses primordiale que l’homme se partage universellement et ce depuis des millénaires : l’air.

Cet air se met à circuler, à courir dans tes bronches qui s’ouvrent à une nouvelle existence.

Cet air, tant d’autres l’ont humé, inspiré, avalé, rejeté. Comme nous il est en perpétuelle évolution, il passe par différents stades.

Il y a aussi cette lumière qui inonde tes yeux et dont tu ne perçois pas encore totalement l’éclat.

Il y a ces sons diffus que tu ne peux pas encore identifier tout comme ces formes mouvantes qui s’affairent autour de toi et attirent ton attention, tout cela commence à éveiller ton intérêt.

Que se passe-t-il alors dans ta tête ?

 

Il y eût le travail des cellules, inhérent au processus de vie. Nager, lutter, se glisser, se rencontrer, traverser, construire, se développer…Odyssée à l’image de ce que sera ton existence.

Mon corps a été ton terreau nourricier et depuis ta naissance, chaque seconde passée à tes cotés me remplit d’émerveillement. Plus je te contemple et plus je suis ébahie. Chaque matin me fait la surprise de te voir grandi : ces heures où le sommeil m’a dérobé à ta vue en ont profité pour te changer. A travers ces moments où tu as pu grandir sans moi, je décèle déjà ta capacité à évoluer seul, autonome. Et je m’émerveille alors à nouveau.

 

Que te dire dans cette lettre que je ne te dis pas au quotidien, avec tout mon amour ? Nous essayerons ton père et moi de te donner les bases où tu pourras prendre racine, te fortifier, grandir. Tu rencontreras les éléments extérieurs, tu apprendras à t’adapter à ton environnement,

Trouver et faire ta place parmi les autres, tes semblables, à la fois différents et similaires…

 

La vie est un perpétuel recommencement, en prémices permanents, nous sommes tous à l’aube d’un nouveau jour. Nos actes sont scellés dans notre mémoire et ont, à différente échelle, une incidence sur l’histoire universelle. Nous sommes les auteurs de notre propre histoire et les acteurs d’une histoire qui nous dépasse.

 

Tu grandis et je partage tes apprentissages jour après jour. Tu deviens un petit oiseau gazouillant à la recherche de la syllabe parfaite, tu t’improvises équilibriste au centre de gravité vacillant. Tu observes avec avidité tes congénères et je te vois vivre par procuration leurs jeux et leurs courses riantes. Puis, bien campé sur tes deux pieds, tu sembles vouloir rattraper le temps perdu et te lance avec entrain dans de nouvelles conquêtes, brandissant fièrement tes nouvelles dents comme des petits trophées durement mérités. Très vite, le parc où nous allons devient à tes cotés une jungle inexplorée où fourmillent des créatures étranges et des trésors insoupçonnés. J’ouvre alors les portes menant à ma propre enfance et mes souvenirs fleurissent et embaument les histoires que je te raconte.

 

N’oublie pas l’enfant que tu as été, les valeurs que tu auras acquises, les connaissances dont tu disposes et n’oublies pas d’où tu viens, les origines où se trouvent tes racines, tes fondations. Une plante croît, que le terrain où elle se trouve soit propice ou non. C’est cette formidable capacité d’adaptation qui nous montre la force de la vie.

 

 Ce besoin primordial de grandir, de se développer fait que malheureusement des erreurs ont étés commises, humaines, politiques, économiques, écologiques...

 L’homme a souvent toléré l’autre tant que celui-ci ne vient pas empiéter sur ses plates-bandes. La solidarité existe mais bien souvent dans la mesure où elle n’est pas au détriment de notre propre confort et quand il s’agit de protéger nos acquis, nombre d’entre nous ferment les yeux sur l’intolérable.

 Nombreux sont ceux qui pensent qu’aujourd’hui notre société va mal. Il est vrai que les rapports humains sont étranges. Déjà à l’aube de nos jours, dans le berceau de l’humanité, c’était la loi du plus fort qui primait pour les primates que nous fûmes. Nous n’avons finalement jamais quitté notre animalité primaire et ne sommes peut-être pas voués à nous en défaire. Nous essayons pourtant sans cesse de pousser les limites de notre savoir. La science avance, les esprits gagnent en tolérance, les religions se développent, des philosophies et de nouvelles pensées voient le jour. Malgré nos tentatives d’élévation par la connaissance et la spiritualité, la bestialité et les actes barbares font encore partie de notre actualité.

 

 Il y aura toujours des hommes prêts à faire la guerre, à torturer, tuer, détruire et d’autres pour rechercher la paix, combattre le malheur, créer, construire…ainsi va le monde, ainsi sont les hommes. Complexes, différents, contradictoires. La balance, l’équilibre se fait-il par l’existence de deux pôles opposés ?

 

Notre nature ambivalente fait que nous existons souvent dans les contraires et nous aimons classer par oppositions : le bien et le mal, le corps et l’esprit, la vie et la mort, la richesse et la pauvreté, l’amour et la haine, la liberté et l’emprisonnement… L’humanité fait souvent un pas en avant pour un pas en arrière, on avance en tâtonnant, à l’aveuglette sur un terrain miné. Nous dansons le tango avec notre part d’ombre, mais ce sont ces zones d’ombre qui nous font saisir la mesure de la lumière et de son éclat.

 

Le monde dans lequel tu as ouvert les yeux, celui que je connais aujourd’hui ne sera pas ton monde de demain. Les villes se transforment, nos moyens de locomotion, le cadre de nos vies, nos modes de communication, la technologie, tout change et nous façonnons notre environnement en fonction de nos évolutions mais également  de nos besoins et de nos envies. La course à la consommation a remplacé les courses et les jeux de notre enfance. L’acquisition à outrance, sans cesse renouvelée par de nouveaux gadgets, fait-elle de nous des désœuvrés en quête d’un bonheur caché dans ces «  biens » matériaux ? Pouvoir, richesse, célébrité, beauté sont-ils les nouveaux eldorados d’une génération en perdition ?

 

La vie est profusion, richesse. Une force et un mystère. Quelque chose qui nous dépasse et dont pourtant nous tentons de tenir les rênes. L’évolution physiologique de notre corps se fait malgré nous, nos cellules nous construisent pendant que nous construisons notre vie.

La recherche d’interaction entre l’intérieur et l’extérieur mène-t-elle à l’épanouissement ? Cohésion entre le corps et l’esprit, cohésion entre notre propre être et autrui et tant d’autres choses encore…l’odyssée est infinie. Tant de choses qui passent à travers le filtre de nos « yeux », ce regard que l’on porte sur l’extérieur et qui est basé sur ce que l’on est à l’intérieur…Toutes ces années que nous traversons, toutes ces mutations par lesquelles nous passons, enfance, adolescence, âge adulte, sont autant de voyages dont les paysages changent en fonction de la vision que nous portons sur le monde. 

 

Encore aujourd’hui la vie semble être une énigme dans le sens où nous n’avons pas de réponses à toutes nos questions. Depuis des siècles nous continuons à nous interroger, nous cherchons à comprendre. Savoir c’est en quelque sorte maîtriser, c’est peut-être pourquoi nous aimons tellement les prévisions, prédictions, statistiques, spéculations… On vit par anticipation, par projection. L’heure est à la maîtrise et pourtant le temps s’accélère, les années défilent et tout nous échappe ! Les bâtiments ont poussés comme des arbres et les villes sont devenues les nouvelles forêts de ce monde.

 

Chaque jour, plus de 350 000 enfants continuent de naître. Vous êtes la force de demain et tous les possibles sont entre vos mains. Puisque l’homme est perfectible, je souhaite que ta génération soit à la hauteur de tout ce que nous n’avons pas étés.

 

Que ta vie soit belle et heureuse.

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