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Vive les actrices.

par L'écrivain masqué

Elle, j’peux pas la piffrer. L’encadrer, la sentir, la voir. Et pourtant on la voit partout.

Magazines, télé, films, affiches à chaque coin de rue. Même sur les bus, son regard soit disant magnétique me happe et me nargue. Magnétique tu parles ! Faux strabisme oui ! Je sais pas c’est physique, sa tête ne me revient pas et c’est pire lorsqu’elle parle.

 

Et voilà qu’un jour, elle débarque jusque dans ma boutique ! Un tour d’horizon me confirme qu’aucun vendeur n’est disponible et que je vais devoir me coltiner Miss Big-louche. Je la vois avancer tout en simagrée et moue boudeuse, son regard magnétique-pathétique caché derrière des lunettes noires. Méduse approche, je regarde ailleurs.

 

« S’il vous plaît ! » miaule-t-elle.

 

Non, il ne me plaît pas ton miaulement plaintif ni ton air exaspéré d’ailleurs. Je voudrai être un chat, me camper dos bien rond, tout hérissé, toutes griffes dehors et te cracher mon dédain à la figure. Le hasard m’a joué un bien vilain tour. Mais moi aussi je peux jouer la comédie, enfin, tout aussi mal que toi. J’enfile le masque grotesque de la servilité et répond toutes dents dehors :

 

« Ooouuiiiii ? »

« Je voudrais ceci dans ma taille »

« Donc tout en taille zéro ? » dis-je en pensant à la note que je donnerai à tes airs de princesse.

 

Tu esquisses un sourire forcé et pousse un petit soupir en t’éloignant. Je te regarde louvoyer dans les rayons. Ah, ça oui, ton jeu est zéro, tes interviews sont zéro, jusqu’aux modèles que tu as choisi d’essayer, zéro, mauvaise pioche ! Je me réfugie en réserve afin de trouver les vêtements adaptés au corps de Madame et reviens, trainant la patte mais tête haute. J’installe le tout en cabine le temps que Mâdâme daigne venir faire ses essayages.

Un long moment de calme plane dans la boutique, j’ai presque réussi à me convaincre que tout ceci n’était qu’un mauvais rêve lorsque tu émerges de la cabine et te mires sous toutes les coutures. Soudain, quelque chose semble te déranger. Mais c’est qu’on m’aperçoit derrière toi dans le champ du miroir. Tu me fixes par-dessus tes lunettes noires. Mais oui, c’est moi qui gêne.

 

Tu te retournes et me dit d’une voix de gorge indignée: « Excusez-moi ! Je n’aime pas que l’on me regarde ! »

Alors là, c’est la meilleure ! Je me retiens de rire.

 

« Très bien ! Appelez-moi si vous avez besoin de quelque chose. » J’esquisse même une courbette. Satisfaite, grande dame, tu retournes à la contemplation de ton image.

 

Madame est pudique ! Qui l’eût cru avec son corps étalé sous toutes ses coutures, offert aux yeux du monde !

Décidément, fausse pudique, faux strabisme, fausse modestie mais vraie conne !

 

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