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Sur la branche.

par L'écrivain masqué

Quelque chose avait percé. Sur la branche.

Sur la branche l’année passée. Une pointe, la tête d’un bourgeon. Puis la branche fût envahie de têtes miniatures. Des têtes d’épingles, une multitude, une armée, une myriade de têtes ont émergé, recouvrant l’arbre entier.

 

Les feuilles voisines ont jauni, certaines se sont parées de rouge. Elles se sont embrasées une à une, un feu intérieur les a asséché. Puis des carcasses, des squelettes sont tombés par vagues. Un lit crissant de cadavres a recouvert la terre.

 

L’hiver est arrivé. L’arbre est apparu dans toute sa nudité. Les têtes sont entrées en veille, recroquevillées dans leur membrane fragile. Elles ont patienté, buvant la sève, lentement, se fortifiant. La rudesse de l’hiver a décuplé leurs forces, leur volonté de jaillir, de bondir hors de leur cocon pour grandir.

 

Et ce jour arriva. Certaines, les plus vaillantes, les plus impatientes, se levèrent, ouvrirent peu à peu leur bras pour étendre leurs nervures. Elles sentirent la caresse d’un vent doux et les baisers humides de la rosée parcourant leur corps. Elles sentirent la chaleur du soleil, elles virent les dégradés de la lumière du jour et les nuances de la nuit. Elles attendirent, bienveillantes, que les autres, les timides, les benjamines, les rejoignent.

Leur attente fût brisée, avortée. L’arbre fût coupé.

 

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