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Invitation au voyage (destination : ma tête)

par L'écrivain masqué

En face de chez moi il y a un mur, blanc.

(Enfin il fût un temps où, peut-être, il l’a été car aujourd’hui il porte les stigmates de l’humidité et de la pollution.)

Un mur parcouru de zébrures, de marbrures, de glissement de peinture, une mue d’écaille qui peine à quitter son corps de pierre.

(Enfin de béton plus exactement car le béton, c’est la pierre créée par l’homme-qui-se-prend-pour-Dieu.)

Un mur qui, à bien y regarder, est le lointain, très lointain cousin des bouleaux, il se dresse avec son camouflage blanc-gris  taché, parsemé de croutes noir-marron.

(Enfin un lointain cousin si l’on peut associer en cousins éloignés : le végétal bouleau, mon minéral mur et l’animal dalmatien).

Un mur qui n’en finit pas de s’élever, massif aussi imposant qu’un gros arbre portant une robe zébrée. Sauf qu’en guise de branche il arbore à son sommet un toit d’ardoise coiffé de courtes cheminées semblables à des moignons. Nous sommes des termites logeant dans ces arbres de bétons. Des termites élevant interminablement leurs nids pour former des forêts d’immeubles grouillant.

(Enfin des murs toujours plus haut, ces gratte-ciels  qui n’en n’ont que le nom et ne font qu’égratigner le ciel, écorcher les nuages.)

Un mur qui, bien que me bouchant l’horizon, érige devant mes yeux une toile qui incite l’imaginaire à se déployer.

(Enfin, à sculpter, remanier la réalité à coup de souvenirs, d’images qui surgissent comme des balles rebondissantes).

D’ailleurs mon regard rebondit de murs en murs, croisant les vies du voisinage, fenêtres, premières loges sur les foyers alentours.

 

Pour revenir, encore, toujours, à ce mur qui m’invite à partir.

 

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