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L’araignée.

par L'écrivain masqué

Arthur a cinq ans et dix mois. Il est le caïd du parc, il a son aire de jeu, son auditoire incarné par une petite brochette de parents et de nounou, sa cour de copains et son petit frère qui l’admire comme une étoile descendue du ciel. Mais parfois, des intrus viennent menacer sa suprématie qui s'étend sur tout le territoire allant du bac à sable au jeu de la toile d'araignée, une grande toile faite de cordes auxquelles les enfants s'accrochent avec plus ou moins d'agilité . D'ailleurs, cette toile c'est son jeu favori et Arthur tolère difficilement la présence de nouveaux arrivants. Il compense alors sa petite taille avec une voix forte, rauque éraillée et un aplomb sans faille.

A la vue d’un garçon un peu plus grand qui débarque tout droit de nulle part et commence à grimper sur la toile de corde, Arthur juché sur son perchoir s’indigne bien fort :

« Ah non ! Pas le rouge ! »

L’autre en ciré rouge, tout à la joie de son ascension rapide vers le haut de la toile n’a même pas remarqué Arthur.

« Ah non ! Pas toi qui étais dans la classe de Sylvie ! Oui, toi ! T'étais à l'école Rainette et t'avais Sylvie comme maîtresse! Mattéo, il a dit que tu faisais que des bêtises et maintenant Mattéo, il est en CP et moi je suis dans la classe de Sylvie et toi t’as changé d’école !»

L’autre regarde le nain s’époumoner avec colère et lâche négligemment.

« Ben oui, j’suis passé en CP, mais j’suis pas avec Mattéo, on est plus dans la même école, et alors ? »

C’en est trop pour Arthur qui sent sur lui les regards de sa cour, en attente de sa réaction.

« Et alors ?! T’es dans quelle école d’abord?! »

« Diderot. »

« Mouais…bof ! Ben mon père, il est assis là-bas, avec le pull gris, il lit un livre sur la guerre même que c’est lui qui l’a écrit ! Toi t’étais toujours puni par Sylvie et tu faisais toujours des bêtises ! Alors t'as rien à faire là!»

L’autre tique, marque un temps d’arrêt, réfléchit sourcils froncés, comme s’il avait raté un épisode dans la logique de la discussion.

« Tu racontes n’importe quoi toi ! »

« Si ! C’est vrai ! Et là c’est mon frère Oscar et en bas c’est mon ballon ! Et toi t’as rien à faire là ! »

Mais l’autre, ayant déjà atteint le sommet, redescend prestement et se dirige vers un autre jeu.

Arthur crie à son petit frère, suspendu à côté de lui sur la toile:

« Oscar ! Attention ! T’as une araignée sur ta manche ! » puis il saute à terre et attrape son ballon.

Oscar hurle.

« Aaaahhh ! Nan ! Nan ! Nan! J’ai peeeuuur! Paapaaaa! »

Du haut des un mètre vingt où il se trouve accroché, Oscar se débat, s’apprête à lâcher la corde et à se jeter dans le vide.

Le père se précipite et tente de rassurer le petit avec des paroles douces qui lui expliquent que c’est une araignée inoffensive et qu’elle ne peut rien lui faire, qu’elle ne fait vraiment pas partie des araignées dangereuse mais le petit hurle toujours et de plus en plus fort.

« Pas d’araignéééée ! Aaahhh ! Papaaa ! Enlève-laaa ! J’ai peeuuur ! Aaaaaahhh !»

Le père insiste en expliquant que chaque araignée a sa place et son rôle à jouer et que celle-ci ne lui veut aucun mal. Il chasse l’animal posé sur la veste du petit.

Arthur passe à coté en courant après son ballon et dit bien fort :

« Hein papa que les araignées elles ont du venin et qu’elles piquent ?! »

« Oui mais non, pas celle-ci… »

« Aaaahhhh ! Nooon ! J’ai peeeeuuuur ! »

« Mais calme-toi Oscar! Cette araignée-ci ne pique pas ! »

« Aaaahhhh ! Nooooonnnn ! »

« Elle est partie, Oscar, il n’y a pas de quoi avoir peur ! »

« Aaaahhh ! Aaaaahhh ! » hurle et pleure Oscar.

Ses paroles restant vaines, le père finit par écraser l’araignée microscopique qui courait sur le sol.

« Voilà ! Il n’y a plus d’araignée ! Calme toi maintenant Oscar, c’est fini.»

« Aaaaaaah ! J’aiiiime paaas les aaaraignéééées ! »

« Oui, bon, c’est finit maintenant, il n’y a plus d’araignée, ça suffit Oscar ! »

Le petit renifle bruyamment et jette des regards craintifs autour de lui. Il reste aux côtés de son père, au cas où.

Arthur joue avec son ballon, il hurle à ceux qui s’approchent de lui :

« C’est mon ballon ! Je l’ai trouvé, il était à personne alors maintenant c’est mon ballon ! Et moi, je joue tout seul !»

De toute façon, les autres rejoignent progressivement un autre groupe d’enfants qui jouent au foot un peu plus loin.

« Arthur, amuse-toi un peu avec ton frère… »

« Non, il est nul et c’est un peureux ! Et moi je joue tout seul, c’est mon ballon ! ».

Le petit Oscar s’aventure vers une fillette agrippée sur un tourniquet, il s’accroche à ses côtés puis ils rient tout en se poussant à tour de rôle.

Arthur shoote rageusement dans son ballon qui va se loger dans un entrelacs d’arbustes. Il retourne sur la toile de cordes, se hisse sur celle-ci et attend.

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