Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Sanctuaire.

par L'écrivain masqué

En haut, dans le grenier humide et froid, lorsqu’on a franchi l’escalier bancal et vermoulu, lorsque les yeux se sont peu à peu assujettis à la pénombre. Lorsque les pupilles gorgées d’ombre gonflent et deviennent de grosses lunes noires.

En haut, suspendu entre le ciel et le corps d’une vieille maison de pierre, de bois et d’ardoise, lorsque, progressant à petits pas, des pas d’étranger timide, des pas où vibrent des frissons de peur mêlés d’une exquise excitation, alors l’épaisse poussière de nuit se dissout, l’ombre du grenier se dénude, d’infimes filets d’un jour lointain, de lueurs fossiles apparaissent.

Alors on entrevoit la vieille ampoule accrochée à son culot rouillé qui pend comme un fruit moisi, on aperçoit les silhouettes de  meubles anciens à la respiration paisible comme des arbres. Ici les malles sont des pierres où couvent des trésors, un mannequin de bois impassible se prend pour le gardien d’un royaume oublié. Ses sujets sont des étagères où une foule de livres s’imbriquent, un entrelacs de gibecières, de sacoches, de ceintures suspendues à des crochets, un rocking chair sur lequel est posé un chapeau de feutre alangui comme un vieux chat, des paniers de pêche barbouillés de toiles d’araignées.

Sur un meuble où des cadres s’alignent, vous laissez votre doigt courir sur des photos de famille, repoussant les cendres du temps. Alors, des hommes, des femmes, des enfants apparaissent, ils posent en costumes, figés pour l’éternité. Un murmure imperspectible s’élève, de leurs regards ils vous remercient d’avoir  chassé ce brouillard envahissant.

Alors on sent que le grenier nous a reconnu. Un mécanisme aux engrenages mystérieux s’enclenche. Soudain on se souvient, on se laisse envahir par nos souvenirs d’enfance, on renoue avec ces vieux objets, anciens camarades de jeux.

L’enfant que nous étions renait, l’intrépide seigneur des lieux réapparait.

Commenter cet article

Parisianne 31/01/2014 11:29

Bonjour,
J'aime beaucoup l'idée d'être reconnu par le grenier, comme un sésame qui ouvre la porte des souvenirs au moment opportun.
Anne