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Mains.

par L'écrivain masqué

Elles attrapent le réveil et trouvent en une demi-seconde la touche « arrêt ».

Elles touchent, caressent la joue de mon homme, elles disent avec une pression plus ou moins douce l’urgence du lever. Elles parlent sans bruit, elles formulent ce que l’esprit pense tout bas ou ce que le cœur ressent. Puis, elles tâtent, elles palpent, elles caressent les cheveux de mon fils. Recréant le lien de mère à enfant, substitut de cordon par lequel passe l’amour, la douceur, la chaleur.

Elles. Mes mains.

Puis, elles vaquent aux nécessités du matin. Déshabiller, laver, attraper, vêtir, revêtir, tenir, retenir, tourner, dévisser, verser, tartiner, porter, ouvrir, laver, donner…

Elles accompagnent l’action, la facilite, la finalise…

Elles. Mes mains. Une paire.

Elles bougent, elles dansent, parfois à l’unisson avec les mains d’en face. En tout cas, le duo forme un ballet qui bouge en symbiose avec tant d’autres mains. Celles qui, dans l’appartement d’à côté, dans les immeubles du quartier, dans ces autres villes, pays, forment les mêmes gestes, chorégraphient les mêmes actions.

Elles. Nos mains. Maintenant. Demain.

Parfois, elles touchent d’autres mains. Elles se reconnaissent, elles s’apprécient, alors leur caresse s’attarde un instant, le temps d’un moment imperspectible aux yeux des autres.

Ou alors, elles ne font que s’effleurer, se quitter pour mieux s’oublier, prestement. Car souvent, elles trahissent ce que le corps voudrait cacher : l’impatience, le malaise, la nervosité, l’émoi, le trouble…

Elles touchent, elles disent aux corps le chaud, le froid, le doux, le poisseux…Elles sont sur le front, toujours vaillantes, en première ligne elles tâtent le terrain.

Nous les habillons de gants, couvertures hermétiques qui les anesthésient, nous les décorons de vernis colorés, elles portent nos bagues, nos bracelets, les différentes marques de nos personnalités…et elles poursuivent leurs ballets inlassablement, affublées de leurs différents déguisements.

Souvent elles vivent, indépendamment de l’esprit, autonomes. Robots automatisés effectuant nonchalamment les tâches journalières. Il leur arrive d’être habitées de tics, de petites manies, de gestes rituels.

Elles. Nos mains. Universelles.

Elles soutiennent les têtes lourdes que les nuques fatiguées laissent basculer de côté.

Elles calment, soulagent, massent, chassent les douleurs musculaires.

Elles applaudissent chaleureusement, ponctuent activement les discours des « latins », étreignent, accueillent chaudement.

Elles ont leur propre hiérarchie, chaque doigt a sa fonction, rempli son rôle, sa part de travail dans l’élaboration de toutes tâches. Chaque main parle de l’homme qui les porte. Caractéristiques héréditaires modelées par les actions du quotidien.

Des mains fines, longues, nerveuses, graciles.

Des mains sèches aux doigts noueux, aux veines saillantes.

Des mains carrées, larges aux doigts courts et costauds.

Des mains marquées par le temps et les gestes répétés. Travailleuses agiles connaissant leur chorégraphie journalière au millimètre près.

Elles parlent toutes un langage universel, celui commun à tous les hommes.

Parfois, en de rares occasions, elles forment les crochets d’une chaine humaine, soudées les unes aux autres pour une cause quelconque, elles peuvent nous relier les uns aux autres, assembler nos singularités pour l’accomplissement d’une même action.

Nos mains. Solidaires.

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